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Mon marathon de Paris

Mon marathon de Paris

Dimanche dernier, j’ai couru le marathon de Paris.

Une fois n’est pas coutume, je ne parlerai pas de voyage dans cet article. Quoi que, le schéma y ressemble: beaucoup de préparation, pas mal d’organisation en amont, quelques vérifications de dernière minute, du stress avant le départ, et quelques 42,195km qui sont passés bien plus vite que le reste.

Le marathon, ce n’était pas pour moi. Les courses de 10km et autres semis me suffisaient bien. C’était sans compter tous les copains qui s’y sont mis, passant les lignes d’arrivées les unes après les autres. Oui, ça semblait dur, mais s’ils y arrivaient, pourquoi pas moi? Cette idée saugrenue de prendre mon dossard faisait doucement son chemin dans ma tête, jusqu’à ce trail dans les Alpes l’été dernier, où Tann et Alister m’ont dit à l’arrivée « ce que l’on vient de faire, c’est bien plus dur qu’un marathon ». Ah bon? J’avais pour ma part très bien vécu mes 1 500m de dénivelé sur 22km. Je me suis donc dit tout naturellement dis que je pourrais y arriver moi aussi, et je me suis inscrite en septembre (petit spoiler, le marathon, c’est plus difficile que le trail des Fiz).

Sacré défi, tout comme lorsque j’avais pris mon billet pour partir seule en Nouvelle-Zélande, ne sachant pas à l’époque si j’en étais vraiment capable. Les choses sérieuses ont commencé début janvier, avec la préparation de douze semaines, à peine remise de ma blessure au genou. Trois mois à enchaîner plusieurs séances par semaines, entre sorties longues (plus de 15 km, le samedi matin), fractionnés le lundi soir et runs plus tranquilles en équipe, le mercredi . Trois mois sans alcool – bon ok, deux seulement – avec réduction drastique du fromage, des burgers, des nuits blanches à danser jusqu’au petit matin avec les copains. Trois mois à bichonner mes jambes, mes pieds, et écouter chaque bobo potentiel de mon corps. Trois mois à organiser mon temps et fonction de mes entraînements, et à justifier tout refus de « bon temps » par un laconique  » je ne peux pas j’ai marathon« , suivi immanquablement par un haussement de sourcil de mon interlocuteur et d’un inévitable « mais pourquoi tu t’inflige cela?« . Trois mois à soûler mes potes avec mes interrogations – qui heureusement pour moi sont pour la plupart des coureurs.

Le marathon

Ce dimanche 9 avril 2017 arrive enfin, après un dernier run le lundi soir à l’INSEP – dernier d’une longue série de coachings par Adidas – et une longue semaine de questionnement, de pâtes et autres plats sans gras. J’enfile mes fringues soigneusement préparées la veille.
Il est 7h quand je monte dans le métro, mes écouteurs sur les oreilles. Pour une fois, je ne serai pas en retard. Le stress de la veille fait place à l’excitation quand une amie encore endormie m’appelle pour me souhaiter bonne chance. Le soleil se lève sur l’Arc de Triomphe, je me faufile jusqu’aux consignes, où je laisse mon sac, n’ayant gardé que mes gels et une petite bouteille d’eau – pour pouvoir éviter le premier ravito bordélique de Bastille. Leslie me rejoint, et on part se mettre dans notre sas. On s’est entraînées ensemble – la sortie longue de 30km un samedi matin, c’était avec elle – on a décidé qu’on partirait ensemble. Le départ prend du temps, ça piétine en plein soleil. Entourée de 40 000 coureurs dans la lumière du matin, sur les Champs-Elysées, l’émotion est là. C’est ce moment que j’attendais. J’étais préparée pour ce départ, peut-être pas pour la suite en fait.

Il fait déjà chaud quand on passe enfin la ligne de départ, à 9h. On descend les Champs-Elysées dans la lumière du matin, l’obélisque de Concorde en ligne de mire. Premiers supporters, premiers sourires. Je lâche Leslie devant les Tuileries, faisant la connerie – ou pas – de garder mon allure de 5 minutes 20 au kilomètre (pour atteindre mon objectif). J’ai une bonne énergie, et ces premiers kilomètres du parcours passent facilement. Les encouragements des copains de Jaurès rue du Faubourg Saint-Antoine me portent et me redynamisent avant d’entamer le bois de Vincennes. A Porte Dorée, je vois une première fois ma mère, ma tante et mes cousines – qui me suivront et m’encourageront sur tout le parcours, avant de récupérer Tessa, mon premier lièvre. Elle est là pour m’aider à garder le rythme dans cette partie que je déteste. On est bien, on rigole, je l’écoute me raconter ses histoires, ayant toujours du souffle pour lui répondre. Le bois de Vincennes – tant redouté sur le semi-marathon de Paris – se passe très bien. Surement trop en fait. On accélère par moments, surtout quand le meneur d’allure de 3h45 nous double. Je me sens étonnamment en forme, même si je suis en train de me rendre compte qu’après l’habituel semi, il faudra courir cette même distance à nouveau.

Tessa me fait rire, je check ma mère une deuxième fois, et j’avale mon deuxième gel avant de récupérer Fanny au sommet de l’avenue de Charenton, pour un passage de relais entre lièvres au top. Je commence à sentir des douleurs aux jambes, qui passent unes à unes. Alors que je suis dans les temps pour atteindre mon objectif, l’allure devient un peu plus compliquée à tenir. Mais on s’accroche toutes les deux, et on attaque les quais de Seine en plein soleil. C’est là que je prends mon dernier gel – la connerie des oranges tout au long des ravitos me détruit l’estomac pour la journée – et que je fais une pause technique qui sera fatale à mon allure. Au kilomètre 27, le tunnel des Tuileries, interminable, m’achève. C’est ça le mur dont tout le monde parle? Il ne devait pas être au 30ème kilomètre plutôt? Mes jambes sont lourdes, je subis les 25°C ressentis malgré le brumisateur que Fanny vide sur moi. Je cherche un second souffle, mais c’est difficile dans ces tunnels de bord de Seine, les fameux casse-pattes que je déteste tant depuis les 20km de Paris en octobre 2015. Fanny me tire pourtant avec toute son énergie, son t-shirt au couleurs de mon équipe République me guidant dans la masse des coureurs.

Devant le Palais de Tokyo, mon dernier lièvre et les encouragements de Marie me font esquisser un sourire. Une nouvelle énergie pour la fin, merci Camille! La fin, faut pas exagérer, il reste encore 15 kilomètres. Camille se rend compte rapidement que ce ne va pas être une partie de plaisir. Pour ma part, je n’ai plus de jambes, mon allure est passée de 5’20 à 6’10, les derniers kilomètres vont se faire au mental – si j’y arrive. Je ne parle pas, j’écoute Cam, je reste focus – parait qu’à gauche il y avait la Tour Eiffel, pas vue. J’aperçois le km 30, impressionnée par la foule des supporters Adidas massée sur le pont de Bir-Hakeim. Je ne m’y attendais pas, l’énergie de cette grande famille d’Adidas Runners League qui crie mon prénom me galvanise et me porte jusqu’à la maison de la Radio, et aux sourires de ma mère et Clémence. Et dire que j’étais au même endroit l’an dernier à supporter… Je dis à Camille que j’en ai marre, que je n’y arriverai pas. Plus tard elle m’avouera que je n’ai en fait pas du tout parlé – j’ai dû râler tellement fort dans ma tête que mes pensées sont devenues des réalités. Arnaud, Sonia et Aline nous doublent à Auteuil, avant que l’on entame cette côte maudite. Cette fois-ci ce sont les encouragements des copains de Pigalle qui me portent. Quel bonheur ces supporters, tout aussi bénéfiques qu’une gorgée d’eau.

On entame le bois de Boulogne avec difficulté. J’ai peur un moment d’avoir perdu Camille dans le ravito et les oranges – satanés agrumes à contre-sens – et je la retrouve avec soulagement, accompagnée de mon lièvre bonus. On est quatre pour les huit derniers kilomètres: Laura, Camille et Ludo m’escorteront jusqu’à la fin. Team de choc, qui m’aidera à tenir le coup jusqu’au bout. Ils me diront jusqu’au km42 que j’ai une bonne tête, que je dois les suivre pour accélérer, qu’il faut que j’allonge ma foulée et que j’agrandisse ma cage thoracique pour mieux respirer, et que non, ce n’est pas négociable, je ne marcherai pas car je vais le finir ce marathon. A un moment donné j’ai envie de leur balancer bouteille et oranges à la figure, me disant qu’ils font bien les malins mais que c’est facile pour eux, vu qu’ils ne courent que depuis quelques kilomètres. Ce serait tellement plus facile d’arrêter de lever les pieds et se mettre en PLS dans un buisson. Mais non, docile, je les suis et les crois quand ils me répètent que c’est super ce que je suis en train de faire. Leslie, que j’avais laissée au kilomètre 2, me double sur cette interminable allée de Longchamp, me donnant un sursaut d’énergie. Au détour d’un virage, on tombe nez à nez avec la Fondation Louis Vuitton, oiseau coloré bienvenue qui me relance. Tessa et les amies de Répu plantées là depuis des heures avec leurs bières m’exhortent un sourire. Bien que Tann m’ait répété le matin même que sourire fait avancer – ou une connerie dans le genre – ce sera le dernier avant un moment.

Je savais que ce serait difficile, on m’avait prévenu. Mais je ne pensais pas que ce serait à ce point là, le niveau de difficulté étant au delà de tout ce que j’ai pu imaginer. Je vide bouteille d’eau après bouteille d’eau, ayant l’impression d’être en total déshydratation. Mes jambes sont lourdes, j’ai chaud, il fait 50°C dans mes baskets, chaque pas est un effort, et la seule chose qui me fait avancer est la perspective de passer la ligne d’arrivée sous les quatre heures. Je vois ma mère et ma cousine une dernière fois, et ma tante prend le wagon des lièvres pour les deux derniers kilomètres, avant qu’ils se fassent tous éjecter quelques centaines de mètres avant la fin. Le seul qui reste avec moi à me tirer – car détenteur d’un dossard – c’est Ludo. On prend le rond point de Dauphine, on rentre sur l’Avenue Foch. J’aperçois enfin cette foutue arche verte tant attendue et j’essaye d’allonger ma foulée. Enfin, je passe cette ligne d’arrivée.
Mon corps est tellement au bout de lui-même que je m’agrippe à Ludo, vacillante. Il me faut de l’eau, du sucre. Pour les émotions on repassera plus tard, dans les bras de ma mère devant l’Arc de Triomphe, ou entourée de mes lièvres aux Tuileries. Là, c’est de la survie si je ne veux pas tomber, et ne pas me relever. Je n’ai même plus d’énergie pour pleurer.

Il est 13h, dimanche 9 avril 2017. Je suis marathonienne, et en 3h56. J’arrive encore à marcher, et je suis fière, je l’ai atteint ce putain de défi, je suis vraiment allée jusqu’au bout. C’était incroyable. Deux semaines avant mes trente ans, j’ai atteint un bel objectif. Et je n’y suis pas arrivée seule, car au-delà de l’effort, je me suis rarement sentie autant entourée que ce jour-là, que ce soit par ma famille ayant fait le déplacement, tous les potes s’étant levés un dimanche matin pour être sur le parcours, et surtout ma team de lièvres de compèt’! C’était dur, mais sans eux, ça aurait été pire.

Plus jamais ça? Jusqu’à la prochaine fois.

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