Carnet de voyages en Nouvelle-Zélande, Europe et Asie
Trinidad, merveille des Caraïbes

Trinidad, merveille des Caraïbes

On n’arrive pas à Trinidad par hasard. Il faut prendre un bus climatisé avec Viazul (une des seules compagnies du pays) depuis la Havane sur quelques centaines de kilomètres, après avoir perdu plusieurs heures à trouver un billet. Les mêmes bus qu’en Asie du Sud-Est, musique en fond sonore – reggaeton encore et toujours – ces bus qui s’arrêtent en bord de route dans une cahute vendant du jus du mangue et quelques trucs à grignoter ; ceux qui empruntent des routes complètement défoncées, tentant bien que mal d’éviter les nombreux trous, au grand bonheur de mon dos.

Premier stop, Playa Larga. Ce nom ne nous dit rien à nous Européens. Cette plage est à côté de Playa Giron, dans la Baie des Cochons. Une tentative ratée de débarquement, soutenue par les Américains, y a eu lieu en 1961, juste avant LA crise des missiles, dont on a tous entendu parler en cours d’Histoire. Deux avions vainqueurs sont toujours exhibés dans un petit musée en bord de route, mais il n’y reste aujourd’hui qu’une eau limpide et quelques palmiers. Après plus d’un demi-siècle d’embargo américain, le temps semble s’être arrêté dans ce pays.

On se repose une nuit à Cienfuegos, le temps de se prendre un orage sur la tête et d’apprendre la délicieuse signification de « cucaracha ». Cienfuegos, la Perle du Sud, un paysage urbain créé par des immigrants Français et Américains, de longues rues bordées de maisons coloniales colorées, un petit kiosque ensoleillé, et un théâtre pas encore rénové. Au détour de notre balade, nous croisons Jennifer, une de nos collègues mexicaines, qui nous propose de changer nos billets de bus pour la suivre avec son mec dans un taxi collectif. L’aventure commence ici.

Trinidad, la merveilleuse

Après quelques virages sur des routes de montagne, on arrive enfin à Trinidad, cette ville aux ruelles pavées dans lesquelles les voitures ne peuvent s’engager. La chaleur m’assomme. Impossible de faire trois pas sans perdre un litre de sueur. Et pourtant, l’enchantement fonctionne dès le premier regard. Je ne sais où poser mon regard entre toutes ces couleurs qui nous entourent, mises en valeur par le ciel orageux. Chaque maison, haute d’un étage seulement, est peinte d’une teinte vive, unique. Jaune ocre, rose pale, bleu vif, vert citron. Les arcs- en-ciel cubains se sont posés dans les rues de Trinidad.

Il y a peu d’hôtels à Cuba, nous logeons donc dans une petite casa particolare, accueillis par une famille adorable et un jus de mangue salutaire, bu dès notre arrivée dans les rocking-chair du patio. On grimpe quelques marches pour se retrouver sur le toit, d’où l’on peut admirer une vue panoramique sur la ville, la vallée et les montagnes environnantes, et la mer des Caraïbes au loin. Le ciel se couvre petit à petit. L’orage du mois d’août arrive et va lâcher sur nous des trombes d’eau, douche intense de quelques minutes, comme pour laver la région, et laisser ensuite place au spectacle du coucher de soleil. Je m’installe sur la terrasse, laissant les rythmes de salsa des bars environnants venir à moi.

Trinidad, petite ville de la province de Sancti Spiritus, s’est assoupie en 1850 et semble ne s’être plus jamais réveillée. Ayant prospéré grâce au commerce de la canne à sucre, cette cité, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est considérée comme l’une des villes coloniales les plus préservées des Amériques. Le commerce a été remplacé aujourd’hui par l’activité touristique, et par des hordes d’Italiens déambulant appareil photo à la main. Même si ce trop plein de visiteurs fait perdre à Trinidad un peu de son authenticité – surtout lorsque l’on fait la queue pendant trente minutes pour manger à Cubita, restaurant prisé des Européens en goguette  – sa beauté colorée est telle qu’on aurait tort de s’en priver. J’en viendrais presque à regretter de ne pas y rester un jour de plus et continuer d’y arpenter les ruelles depuis la Plaza Mayor, à pieds ou dans une vieille Buick couleur vert d’eau.

« Ça sent le rhum tout ça »

Flavia n’avait pas tort, ces quelques jours à Cuba sentaient fort le rhum. Dès que l’on s’est rendu compte qu’ils rajoutaient du sucre dans leurs bières, on est passé au régime local. A toutes les sauces. Daïquiri, mojito, piña colada, et surtout canchanchara.
Rhum, citron, miel, et glaçons. La spécialité de Trinidad est un grog estival. Le parfait cocktail pour commencer à sympathiser avec des Italiens, après avoir échangé quelques mots et nos Lonely Planet. Le cocktail parfait avant d’aller manger un poisson au miel, et de continuer à danser la salsa sur les marches de la Ciudad de la musica, un délicieux mojito à la main. Comme si ces danses ne suffisaient pas, cette soirée se terminera tard, à Las Cuevas, la boîte de nuit de Trinidad, nichée au fond d’une grotte, où la chaleur humaine rajoutée à l’humidité ambiante y est plus qu’insupportable, et carrément glissante.

Le rhum aidant, on ne s’est plus quittés avec nos deux Italiens. On les a retrouvé le lendemain à Maria Aguilar, une plage aux fonds transparents, à côté de Playa Ancon. On a testé avec eux le lendemain de soirée sous un parasol en branches de palmier séché, à l’ombre de ce soleil caribéen assassin. Un après-midi complet à bronzer ensemble et le partage d’une langoustine grillée ne nous ont apparemment pas suffi. Il fallait à cela y rajouter quelques cocktails, et plusieurs heures de discussions, à n’en plus savoir quelle langue latine parler.
Nos amis Mexicains partis, Alessandro et Filippo sont venus nous chercher le lendemain pour nous emmener au Parc national de Topes de los Collantes. Ils avaient loué une voiture depuis la Havane, et on a passé la journée à se promener à quatre. Petite balade de trois heures en pleine chaleur, pour atteindre la cascade de Vegas Grande, et sa fraîcheur salutaire. Quelques bananes achetées sur le chemin, et une noix coco découpée sous nos yeux à la machette. Nos envies de découverte nous ont porté dans la Valle de los Ingenios, au milieu des anciennes plantations de canne à sucre. Il nous a fallu gravir quelques marches et faire abstraction de notre vertige pour admirer cette vallée étonnamment verte. On y a rencontré des habitants curieux de tout, d’une gentillesse incroyable, prêts à nous indiquer le chemin, même lorsque c’est demandé dans un langage mélangeant italien, français et espagnol. Un autre jus de mangue et déjà la parenthèse enchantée se refermait, donnant à ce séjour dans cette ville hors du temps un caractère exceptionnel.

Ah, cette aventure humaine, et ce séjour pendant lequel le temps s’est allongé sur plusieurs journées et nuits étoilées. Il faudra que l’on reparle de cette aventure humaine un jour. Celle-là même qui te fait monter le son dans la voiture pour chanter à tue-tête sur du reggaeton abrutissant, celle qui te donne envie de repartir à nouveau. Il faudra que l’on retourne à Trinidad un jour, retrouver ces couleurs.

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