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Découvrir la Havane

Découvrir la Havane

Comme à chaque arrivée en pays tropical, on est assommé dès la sortie de l’avion par cette chaleur moite si particulière. Une heure d’attente pour les bagages, un taxi qui n’arrive pas, six heures de décalage horaire dans la tête, les premiers moustiques, et un hôtel glauque, immensément vide, sentant la sueur. Bienvenido à la Havane.

Il faudra attendre le lendemain matin, et la vue sur les palmiers depuis mon lit, le jus de mangue frais et les quartiers de goyave au petit dèj, pour que l’adaptation commence seulement. Ce voyage à Cuba est dû au travail, et je dois passer mes quatre premiers jours enfermée dans des salles de réunions climatisées à parler projets, avec une connexion internet et une alimentation électrique quelque peu aléatoire…
Loin de moi l’idée de me plaindre, car j’arrive heureusement comme souvent à aménager un peu de temps entre deux rendez-vous. En attendant nos quelques jours de congés, on s’éclipse quelques heures avec ma collègue Flavia, direction le centre de la capitale, à quinze kilomètres de l’hôtel.

La Havana Vieja

Les couleurs locales sont dans la vieille ville. Quand ce n’est pas les bâtiments qui ont été repeints, ce sont les locaux qui sont parés de tenues créoles et bariolées. Plusieurs immeubles ont été rénovés, le long des magnifiques rues Obispo et Mercaderes. Ce bleu vif des Caraïbes nous accompagnera jusqu’à Trinidad, que ce soit sur les vieux immeubles havanais ou dans la Baie des Cochons. Notre chemin croise un groupe de danseurs sur échasses, suivis par quelques musiciens – tambours et trompettes, qui dansent devant nous pendant de longues minutes, alors que le Carnaval va commencer dans quelques jours. Nos pas nous portent de places en places, à la recherche des églises ayant survécu au régime des Castro. La religion a été bannie, comme dans toute dictature communiste, mais les quelques cathédrales emblématiques ont été réhabilitées il y a quelques années. Celle de San Cristobal vaut le détour, tant elle semble fragile. Sa pierre ressemble à du sable, on la croirait prête à s’effondrer. Elle est étincelante au soleil, tranchant avec la misère présente à quelques mètres de là.
A part trois rues centrales, la plupart des vieux immeubles n’ont pas été rénovés, et le blanc grisé de la pierre domine, surtout quand le ciel s’assombrit. Les vieilles maisons cubaines sont ouvertes sur la rue – là où tout se passe – tout comme les bars d’où s’échappe la musique, rebondissant sur les touristes. Sans originalité, on se pose au Café Habana, pour un mojito et un poulet rôti, les premiers d’une longue série. L’après-midi se finit autour d’une table, à discuter avec un jeune Cubain qui nous a abordé quelques minutes avant – surnommé non sans malice Johnny Walker. Tout y passe, sa vie, le Buena Vista Social Club, sa trompette, l’avenir, et le secret de la composition d’un Cumpay Segundo – rhum, sucre de canne, limonade et citron. Ce ne sera pas notre dernière rencontre avec un local. Comme l’on va vite s’en rendre compte, les Cubains aiment communiquer et échanger. On remarque pourtant qu’il y a moins de jeunes que de vieux à Cuba. La pyramide des âges est presque inversée. Les perspectives sont figées – bien que tout le monde ait accès à l’éducation. Mais malgré leur manque de futur, l’énergie y est débordante. Dans la musique, dans la façon de danser, dans cet accent qui mange une consonne sur deux, dans les gestes et les sourires, dans cette générosité et leur envie de communiquer, on a ressenti une énergie incroyable, jurant avec l’idée que l’on se fait habituellement d’un peuple vivant dans un régime communiste.

J’aurais aimé user mes semelles dans les ruelles et la rumeur de la Havane. Le peu de disponibilité que j’avais sur place ne m’ont permis que de faire quelques tours au milieu des rues de la Havana Vieja. Pas de temps pour Vedado, à peine l’occasion d’aller voir le Che au Musée de la Revolucion et sur la Plaza de la Revolucion. On a quand même partagé un cigare et plusieurs daïquiri frappés le temps d’une soirée avec des amis parisiens en vacances. Au son des rythmes cubains, on s’est attablé et on a regardé passer cette ville, qui semble par moments comme figée en 1959. Je n’attendais rien de la Havane, mais elle m’a enchantée.

El Malecon

Tous les guides mentionnent El Malecon comme un lieu incontournable de la capitale.

On n’en comprend pas trop l’engouement en l’empruntant pour la première fois. Bien que l’on soit dans une belle Américaine, laissée en l’état depuis les années ’50 et la fin de la dictature de Batista, nous sommes juste sur un boulevard qui longe l’océan Atlantique, bordé par des rangés de vieux hôtels décrépis et d’immeubles abandonnés. Puis on y repasse, deux, trois, quatre fois. On baisse petit à petit les fenêtres, pour laisser l’air du large nous enivrer. On monte le son du poste, pour que les paroles niaises du reggeaton caribéen s’envolent jusqu’en Floride, à quelques milles de là. Le chauffeur de taxi ralenti cette fois, pour nous laisser le temps d’apprécier le coucher de soleil.
Je m’éclipse un soir du club où mes collègues dînent, pour aller y respirer la brise – chaude – du soir. Il est tard, mais l’ambiance y est incroyable. On trouve de tout sur le Malecon, des clopes, du wifi, des granitas. Les Cubains dansent, discutent, flirtent. C’est ici que tout se passe.
Chaque balade par cette promenade nous enivre chaque fois un peu plus. Quelle déception que ce dernier taxi qui ne fera pas de détour sur le Malecon, nous refusant un adieu dans les règles à Cuba. Comme s’il nous obligeait à revenir, au plus vite.

Sur le trottoir longeant l’Océan, les Cubains se promènent. Peu importe la météo, ils seront toujours là, à déambuler sur les huit kilomètres de cet axe essentiel à la Havane. Comme si c’était celle là, la plus belle avenue du monde.

A lire, « la Havane mon amour », de Zoé Valdez.
A écouter, les fenêtres grandes ouvertes, « la Godazera« , de Gente di Zona. 

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