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Mon Tour du Mont-Blanc

Mon Tour du Mont-Blanc

Voilà. Comme annoncé précédemment, j’ai parcouru le Tour du Mont-Blanc. En sept jours, 165 kilomètres environ, et 8 000 mètres de dénivelé positif.
Sept jours incroyables et rafraîchissants, coupée de mon quotidien, avec pour seuls compagnons les montagnes et les marmottes.

Parcours du Tour du Mont-Blanc

Ou TMB.
Le concept est simple, il suffit de partir des Houches, côté Français, puis faire une boucle de 170 kilomètres autour du Mont-Blanc.
Facile.
tmb

Carte du trajet faite maison, pour avoir une idée plus précise du trajet. 

départ_TMBPremiers jours

Pour aller jusqu’aux Houches depuis la région annécienne, il faut réussir à choper un des rares trains matinaux. Ou se faire accompagner au pied du Mont-Blanc en voiture.
Avec Charline on a opté pour la deuxième option et on en a profité pour garder notre chauffeur le temps d’une étape, jusqu’au dimanche matin. La présence de mon père nous a, entre autres, permis de refaire notre culture générale. Un peu d’histoire de l’alpinisme n’était en effet pas du luxe. Jacques Balmat, le Dr Paccard, Horace-Bénédicte de Saussure et autres noms évoquant ces pionniers de la fin du XVIIIème siècle, ces fous des premières ascensions. Le nez en l’air, nous avons essayé de mettre un nom sur les sommets qui nous entouraient. Vu d’en bas, ils paraissent tous culminer à 4 000 mètres… lequel est le Mont-Blanc?
Une fois que nos chaussures avait pris l’habitude des racines et cailloux rencontrés, j’ai vainement tenté marmotte_TMBde reconnaître chacune des fleurs croisées, essayant tant bien que mal de se souvenir de ce que nous expliquait ma mère lors de nos balades familiales. Peine perdue, à part les épilobes (pas encore fleuries en cette saison), il ne me restait pas grand-chose de ce qu’elle avait essayé de m’inculquer.

On a guetté les animaux, avant de voir enfin nos première marmottes, grosses comme des chats,  jouant dans les pierriers. Je n’ai pas le souvenir d’en avoir vu autant auparavant, et de si près. Au fil des jours, on a pu les observer tranquillement. Pas farouches, elles seraient presque venues manger dans nos mains.

Après 6h30 de marche et 1500 mètres de dénivelé, on est arrivé au premier refuge, épuisés. Le premier soir, on a mal aux épaules, aux jambes, aux pieds. Malgré une bonne omelette au coin du feu, un morceau de tomme locale fondant dans la bouche, malgré le fait qu’on soit les premiers clients du refuge de la saison et qu’aucun ronflement ne viendra troubler notre nuit, on se dit en se couchant qu’on ne sera pas capable de redémarrer le lendemain.

TMB_lesHouchesPuis, au petit matin, les agriculteurs de la ferme d’à côté sont venus nous annoncer qu’un veau est né dans la nuit, et que nous sommes invités à aller le voir. Faire un tour dans une étable avant huit heures du matin bat tous les réveils du monde, à coup de meuglements et d’odeurs fortes. J’ai retrouvé mon accent traînant pour poser quelques questions, et apprendre que le lait de ces bovins d’alpage sera vendu à une coopérative de la vallée des Aravis, la vallée du reblochon.

Après avoir laissé mon père aux Contamines, nous sommes passées en Savoie en milieu de journée, via le Col de la Croix du Bonhomme. Changement de paysage radical. On s’est tout à coup faite avaler par le brouillard, ayant l’étrange impression de marcher dans le vide. Le froid nous prend, nous sommes en plein névé – cette neige qui reste une fois l’été arrivé. Il reste encore beaucoup de blanc, comme prévu. Même s’il suffit de faire attention à l’endroit où l’on pose les pieds, et garder un œil sur les deux traits rouge et jaune du balisage, peints sur les rochers tout au long du chemin, l’atmosphère environnante n’est pas rassurante, et nous glissons par endroits.

névés_TMBLorsque l’on arrive enfin au refuge, juste avant la pluie – ou est-ce de la neige, il est 15h. Le brouillard ne s’est pas dissipé, et la bâtisse du Refuge de la Croix du Bonhomme émerge de la brume, son drapeau européen flottant au vent. Nous sommes fatiguées comme après une journée de ski. En bas, dans la vallée, c’est Bourg-Saint-Maurice. Nous avons quitté la Haute-Savoie, et au cas où on ne l’aurait pas remarqué, les choses sérieuses commencent.

J’aimerais dire que toute la fatigue est partie quand on a vu une marmotte débouler au pied du refuge, puis quand un bouquetin est apparu sur l’arrête voisine, majestueux. On a esquissé un sourire quand on nous a annoncé que l’eau des douches fonctionnait au solaire – brouillard, pluie, tout ça. Epuisées, on s’est posées au coin du poêle avec nos cartes, discutant avec les autres randonneurs autour d’un plat de crozets, cherchant à savoir si nos étapes étaient bien calculées ou s’il fallait repenser notre trajet, avant d’aller s’effondrer dans notre lit, cherchant le sommeil à plus de 2 000 m d’altitude.

Croix_du_Bonhomme

Ce troisième jour a été le plus long. L’étape commençait directement dans le dur, avec le plus haut col du Tour du Mont-Blanc à passer, le Col des Fours, à 2 600 mètres d’altitude, encore enneigé. Passée la petite frayeur de cette difficulté non prévue, on entame la descente. Mettre un pied devant l’autre, en enfonçant bien le talon, d’abord, pour avoir un appui sécurisé, puis la pointe, doucement, pour ne pas se retrouver le cul dans la neige et dévaler 300 mètres de pente – même si c’est tentant. La montagne c’est bien l’été, mais quand il y a encore autant de neige en juin j’en viendrais presque à regretter mes skis.

Passé ce névé, et tous ces torrents de montagne dans lesquels on a trempé nos pieds, Charline a commencé à avoir sérieusement mal au genou. On a ralenti notre marche, ne hâtant le pas que lorsque le ciel menaçant se rapprochait. Après neuf heures de marche difficiles, 1 500 mètres de dénivelé et quelques glaciers impressionnants à admirer, nous arrivions enfin en Italie, au-dessus de Courmayeur. Quel plaisir de parler à nouveau cette langue, attablées dans ce refuge-restaurant de station où l’on nous sert pâtes en entrée, viande, fromage, fruit et dessert, comme tout bon Italien qui se respecte.

TMB_parcours

Au petit matin, il nous a fallu prendre une décision: Charline continuait-elle le TMB ? L’état de son genou ne s’était pas amélioré dans la nuit, et il était préférable qu’elle aille voir un médecin. Contrairement au plan initial, c’est avec déchirement que je l’ai laissée partir seule dans le bus pour Chamonix. J’étais alors encore confiante et je pensais qu’elle me rejoindrait deux jours plus tard en Suisse.

Malheureusement le docteur l’a fait abandonner, et le jour suivant elle était déjà de retour à Lille.
J’ai continué le cœur gros, pas vraiment sûre de ce que j’étais en train de faire. Voyager seule, je connais, ce n’est pas un problème pour moi, mais ce n’était pas l’objectif de cette randonnée. Et la montagne est imprévisible, ce qui je l’avoue me faisait un peu peur. Cependant, je voulais aller au bout de ce Tour, une envie que j’avais en tête depuis de nombreuses années, alors j’ai continué. Seule, certes, mais portée par les nombreux messages d’encouragements reçus de la part de mes proches.

P1060237

Seule face au Mont-Blanc

Ce matin du cinquième jour, j’ai ouvert les yeux avec la même excitation qu’un enfant attendant les premières neiges. Il faisait beau et j’allais pouvoir enfin admirer la vue tant vantée. Depuis le seuil du refuge Bonatti, à 7h du matin, dans le vent frais des hauteurs, j’ai pu admirer l’un des plus beaux paysages montagnards. En face, majestueuses, les Grandes Jorasses. Immenses et quasiment imprenables, impressionnantes. Et le Mont-Blanc au fond, à gauche. Je n’avais qu’à tendre la main pour toucher les cimes.

TMB_Grandes_Jorasses

Un des plus beaux moments de mon Tour. Et il fallait bien cela, parce que c’était peut-être celle-là ma plus dure journée. J’ai quitté le refuge Bonatti – meilleur refuge – pleine de cette énergie renouvellée, et je me suis enfoncée dans les rhododendrons à la lumière du matin. Le premier soleil s’est vite estompé, laissant place au brouillard, aux torrents glacés et névés qui trempent les pieds alors qu’il reste 25 kilomètres à parcourir, aux cols vertigineux, à la fatigue, et aux nombreuses blessures que l’on ne compte plus.

J’ai avancé, entourée par ce silence des montagnes si envoûtant, ponctué par le chant des oiseaux et quelques sifflement de marmottes, de temps en temps brisé par le son des torrents, de cette eau qui dévale des glaciers et de la fonte des neige.

TMB_rhodo

On les oubliera le soir ces blessures, autour de la tablée suisse à Champex, entourée d’Espagnols, Israéliens, Américains, Suédois, et on écoutera les récits des uns et des autres avant de choisir son TMB_signescompagnon du lendemain pour les derniers kilomètres à parcourir.

Jeudi, le sixième jour, c’est Sandra qui est devenue ma partenaire de marche. Nous sommes parties au petit matin, au milieu de ces alpages suisses typiques, étendues vertes d’herbes hautes, fleuries, parsemées de quelques chalets marrons-rouges, dignes d’un épisode d’Heidi. Huit heures de marche et un sacré dénivelé, c’est ce qu’il nous fallait pour échanger sur nos expériences et nos envies de découvertes, avec cette Suédoise qui avait parcouru les chemins de Saint-Jacques l’année d’avant.

On partage saucisson et fromage italien au Col de la Forclaz, avant de redescendre dans la vallée, pour mieux remonter ensuite. Les vivres diminuent, la fin commence à se faire sentir. Enfin, après 1 800 mètres de dénivelé positif, on passe le Col de Balme. Enfin, on est à nouveau en France. En Haute-Savoie. Preuve s’il en est faut, on nous servira des diots au dîner le soir accompagnés d’une bière du Mont-Blanc. TMB_Suisse

Dernier jour, étape rapide. La pluie au réveil nous ferait presque renoncer, on n’est plus qu’à 15 kilomètres de Chamonix, le stop est si facile. Mais non, on repart jusqu’à l’Aiguillette d’Argentière. Anna_SandraTMBMa fatigue et la pluie du matin auront raison de mon vertige face aux échelles de l’Aiguillette pour atteindre le Lac Blanc, et je laisse Sandra aux mains de trois Français.

« En montagne, il faut savoir renoncer ». Plus que jamais j’ai ce mantra en tête. Bien que je me promette de revenir voir ce Lac à la couleur si particulière, un petit sentiment d’échec s’empare de moi pendant cinq minutes, le temps de tomber nez à nez avec un dahut* au détour du chemin. A deux mètres de moi. Il m’observe, s’arrête par instants de brouter pour me dévisager. J’ose à peine avancer de peur de le déranger. Je m’éloigne, contente de ce dernier clin d’œil de la montagne, accélérant le pas pour  les derniers kilomètres me séparant de Chamonix.

Cette descente vers la vallée n’en finit plus. Enfin le Mont-Blanc sort des nuages. Enfin je sors de la forêt et je trouve le panneau « Chamonix ». Puis j’atteins la gare, où Simon m’attend pour la bière et le burger, récompenses bien méritées. Enfin.

Mont-Blanc

 

 

* Ok, d’accord, c’était un bouquetin, mais on peut y croire non?

12 comments

  • Anna, c’est avec grand plaisir que je lis ton récit. Tous tes conseils me serviront pour la prochaine fois, car je compte bien recommencer. Je note que notre parcours initial était plutôt bien calculé.
    Même courte l’expérience était superbe et je suis encore émue par les souvenirs, les images que j’ai gardés de ces 3 premiers jours passés ensemble dans les montagnes. J’imagine qu’en 8 jours l’expérience a été encore bien plus forte pour toi.
    Après seulement 3 jours, impossible pour moi d’oublier la plénitude que l’on ressent en montagne. Le silence, le doux tintement des cloches des vaches dans la alpages, le mélodieux son des ruisseaux ou le rugissement de certains torrents descendant tout droit des glaciers, le cris d’oiseaux inconnus ou celui des marmottes. Je n’oublie pas la beauté des fleurs que l’ont trouve parfois même en haut des cols, mais j’ai oublié leur nom… sans parler de la beauté des paysages, les couleurs, les nuances, les torrents couleurs glaciers… ! En 3 jours je l’ai dit et redit : l’eau de montagne est vraiment bonne !!! Sans oublier l’air pur dont on prendrait bien quelques bouteilles pour redescendre en ville !
    Une expérience que je regrette de n’avoir pu finir avec toi, mais que j’ai hâte de retenter très rapidement !
    Charline

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  • bonjour

    Merci pour ton récit
    Nous devions le faire l’été 2015 mais a 8 jours du départ sac charger on m’a annoncer un Cancer
    j’ai bien pleurer pas pour mon Cancer mais mon projet c’est arrêté net.
    Je suis guérie , Chimio fini j’ai remis a l’année prochaine car cette année un peut faible pour cette aventure.

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  • Salut !
    super ce récit et ces photos !
    j’aimerais bcp le faire l’année prochaine ! étais tu en tente ou tjs en refuge ? quel genre de sac avais-tu ?
    merci 🙂
    perrine

    Réponse
    • Salut Perrine,
      J’étais en refuge tout au long du trajet, moins lourd, mais plus cher. A toi de voir ce qui te semble plus confortable, après la fatigue d’une journée de marche 🙂 J’avais un sac 40l sinon, pour un max de 9/10kg quand je venais de faire les courses pour les pique-niques.
      Hésite pas si tu as d’autres questions,
      Anna

      Réponse
  • Bonjour Anna,
    C’est décidé nous faisons le TMB mi-juin. Au début nous étions très motivés pour la tente. On a revu notre copie ce sera refuge. Juste pour le confort (douche chaude et bon lit). Au niveau budget combien faut-il compter. Peut-on se ravitailler tout au long du chemin?
    Je risque peut-être de revenir vers toi pour plus d’infos. Pour l’instant n tourne et retourne la carte dans tous les sens. On est au 2e jour. D’ici juin, je pense qu’on aura bloqué l’itinéraire définif et réservé les refuges.
    Merci
    dOMINIQUE

    Réponse
    • Bonjour Dominique,
      Merci pour ton message! Alors, oui, le confort c’est quand même pas mal 😉 Au niveau budget, en saison basse (mois de juin) c’est en moyenne 40-50€ la nuit (en pension complète). C’est un bon rapport qualité prix pour avoir de vrais bon repas. Un peu plus pour les chalets en Suisse. Normalement sur le site du TMB y a les détails de tous les prix.
      Et on peut se ravitailler, soit on demande aux chalets de nous faire des sandwichs, soit on s’arrête dans les villes ou les villages. J’avais de quoi tenir des Contamines jusqu’à Courmayeur (gros morceau de fromage, saucisson, des fruits secs et des gâteaux), puis jusqu’à Champex. A ces trois endroits c’est facile de trouver de quoi manger. Et y a des sources pour l’eau, mais ça c’est vraiment pas un souci quand on a une poche de deux litres. N’hésite pas à revenir vers moi 🙂
      Bonne préparation!
      Anna

      Réponse
  • Bonsoir Anna,

    Bravo pour votre compte-rendu, très intéressant lorsque l’on cherche des infos pour faire le TMB.
    En effet nous voulons faire le TMB en Juillet avec nos 2 enfants de 14 et 11 ans et je me permet de vous contacter pour quelques conseils.
    Je pensais utiliser le site http://www.montourdumontblanc.com pour préparer notre parcours et réserver nos hébergements, et nous souhaiterions effectuer le tour en 7 jours (départ dimanche, arrivée samedi) comme vous. Apparemment il est conseillé de suivre le sens standard (anti-horaire) si l’on veut éviter de croiser trop de monde, j’ai donc essayé un parcours dans ce sens au départ Des Houches (apparemment départ standard ?) avec des refuges espacés à chaque fois de 6H30-7H de marche (selon le site) et mon problème c’est que je n’arrive pas à boucler le tour en 7 jours, à priori il faudrait que l’on fasse au moins 8h de marche par jour, or à priori vous avez fait votre tour en 7 jours et en 43h de marche donc un peu plus de 6h de marche par jour, donc il doit y avoir un problème quelque part, peut-être les heures de marche indiquées sur le site sont un peu pessimistes.
    Qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous me redonner vos étapes (refuges) pour nous aider et voir si nous pouvons effectivement faire le TMB en 7 jours.
    Nous pouvons peut-être communiquer par mail perso pour plus de simplicité.
    Merci d’avance
    Sylvain

    Réponse
    • Bonjour Sylvain,
      J’essaye de vous répondre par email, mais ce n’est pas si simple, le tour dépend des gîtes également, il n’y en a pas toutes les 6 heures (plutot toutes les 4h, ce qui est pratique pour des journées de 4 ou 8h).

      Réponse

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