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Le Tour des Glaciers de la Vanoise en 4 jours

Le Tour des Glaciers de la Vanoise en 4 jours

Cet été, entre deux confinements et couvre-feux, nous sommes partis avec Damien et Raphaëlle (deux acolytes du ski de randonnée), faire le Tour des Glaciers de la Vanoise, en trek, pendant quatre jours. Après avoir été enfermés en ville plus de cinquante jours, nous avions un grand besoin de prendre l’air, et d’élargir notre horizon. Départ et retour à Pralognan-la-Vanoise, pour une belle boucle de 80 kilomètres et 4600m de dénivelé positif.

Jour 1: Pralognan la Vanoise – Refuge de l’Arpont

Pour ce genre de trek, la partie transports jusqu’au point de départ n’est pas à négliger, surtout quand aucun des coéquipiers n’a de voiture. Il faut s’armer de patience depuis Lyon, prendre son masque et le train jusqu’à Moutiers, dormir dans un hôtel tristoune au fond d’une vallée, et reprendre un bus avant d’arriver en tout début de matinée à Pralognan-la-Vanoise.

Les souvenirs de l’atmosphère glauque de Moutiers s’effacent dès que l’on arrive dans le village de Pralo, accueillis par les rayons du soleil qui se frayent un chemin entre les sommets de la Vanoise. Sacs d’une dizaine de kilos sur le dos, c’est parti – avec le sourire, et l’énergie de ceux qui ne savent pas encore ce qui les attend.

Direction le Refuge de la Vanoise, notre premier stop, pour le déjeuner. Nous ne sommes pas les seuls, cette randonnée se fait facilement depuis le village. On passe la matinée à doubler, avant d’arriver enfin sur le plateau, sous l’Aiguille de la Vanoise. A droite, de petits edelweiss. A gauche, la première marmotte (d’une looooongue série). Et au fond, le Refuge de la Vanoise. Un énorme bloc de béton et de bois, tout juste rénové, avec quelques tables de pique-niques, sur lesquelles se rassemblent familles montées pour la journée et alpinistes de retour de course. C’est notre premier repas, on rationne donc le pain et le sac de vivres de courses, et on écoute son corps, pour éviter ampoules et blessures éventuelles. A quelques dizaines de mètres, deux marmottes sont en plein combat de boxe, c’est à peine si elles ont vu les humains autour d’elles. On compte les points, puis on repart sans trop trainer, au milieu des lacs. Il n’y a plus grand-monde. Juste nous trois, les rochers, et quelques chamois qui traversent le chemin juste devant nous. Les vallées se succèdent en contre-bas, celles-là même que l’on ne peut atteindre qu’en 4×4. Derrière les sommets qui nous entourent se cache l’Italie. On sautille sur les chemins, puis on enjambe les cailloux dans les pierriers. Mais la journée s’éternise, les plateaux et les chamois se succèdent, sans aucun refuge à l’horizon. On savait qu’on avait doublé deux étapes en une pour ce premier jour, mais on ne s’attendait pas à ce que la journée soit aussi longue. La tête du groupe jette un œil à sa montre et au GPS d’iPhiGéNie de temps en temps, pour vérifier que nous sommes bien sur le bon chemin. « Allez, c’est la dernière montée!« . Merci Damien pour ce mantra mensonge répété une bonne dizaine de fois pendant cette dernière heure!

Enfin, nous voilà au Refuge de l’Arpont. Il est à moitié vide, et nous sommes les derniers. Il ne manquait que quelques minutes pour que l’eau des douches soit aussi froide que la bière. Mais nous aurons plus de place à table le soir, et moins de ronflements la nuit. Raph osera même un « franchement, le Covid c’est cool« , que nous n’avons jamais osé répéter depuis. En bas, la vallée de Lanslebourg commence à s’éclairer. Et nous, nous partons nous coucher, après plus d’une vingtaine de kilomètres et quelques 1550 mètres de dénivelé positif.

Jour 2: Refuge de l’Arpont – Refuge de la Dent Parrachée

Le deuxième jour commence dans le brouillard. Ce n’est qu’une fois arrivés au refuge suivant que nous nous rendrons compte en étudiant la carte et les courbes de niveau, que c’était sacrément raide de chaque côté du chemin. L’ambiance cotonneuse réduirait donc le vertige. Avec les courbatures de la veille, le rythme est automatisé, mode tapis roulant. On se met à jouer au cadavre exquis en inventant une phrase, que le suivant doit compléter, qui dérivera sur l’histoire incroyable de René et Josette les marmottes, et de leur grand-père fou.

Après quatre heures au dessus de la vallée de Modane, nous arrivons en début d’après-midi au Refuge de la Dent Parrachée. C’est encore calme à cette heure, les gens de la vallée ont fini leurs déjeuners et sont redescendus, les alpinistes ne sont pas rentrés de leurs courses de la journée. On prend le temps de boire une bière sur la terrasse surplombant le Grand Lac et le Plan d’Amont, et d’écouter les récits du gardien du refuge, en essayant d’y démêler le vrai du faux. Ce personnage, gardien du lieu depuis une dizaine d’années, se nourrit des remarques (ou bêtises, c’est selon) des randonneurs et touristes, et les utilisent pour faire rire (et réfléchir) les suivants. C’est ici que l’on découvrira le concept de génépolitique.
On profitera de ce stop un peu plus long que les autres jours pour bronzer sur les transats, et tester le sauna. En discutant avec les autres randonneurs, nous avons beaucoup réfléchi aussi ce soir-là à adapter notre itinéraire : il y a encore des névés au fond de la vallée d’Aussois, au niveau du Pic de l’Observatoire, et comme nous avons réservé une nuit au refuge de Péclet-Polset, voir les glaciers signifie que nous devons marcher dans des névés assez hauts, et que nous devrons ensuite emprunter un chemin que nous aurons à reprendre le lendemain. Nous optons donc pour un itinéraire bis, en contournant et en passant par le refuge de l’Orgère.

Jour 3 – Refuge de la Dent Parrachée – Refuge de Péclet-Polset

Départ aux aurores, dans la rosée du matin, car la journée s’annonce longue. Premier stop au Refuge de l’Orgère, pour le double cookie de Damien – qui a une alimentation bien à lui. Nous sommes dérangés dans notre pause déjeuner (double-cookie, oui oui) par une marmotte beaucoup trop confiante, qui vient à quelques centimètres de nous, pour tenter de nous chiper notre repas. Remis de nos émotions, nous entamons la dernière montée de la journée. Tout en haut, après avoir longé le petit lac de la Partie, il y a un petit névé avant de passer le col de Chavière. Ce sera mon moment stressant de la journée, à ne pas quitter des yeux les pieds de Damien, avec Raph derrière qui me parle en continu. Mini fierté d’être arrivée au sommet, et gros plaisir de voir que le névé continue de l’autre côté. La pente raide passée, on part en courant, en mode ski, pour de belles glissades. Signe de notre fatigue, nous nous refaisons tout le répertoire Disney dans le dernier kilomètre. Damien doit être le plus soulagé lorsque le refuge de Peclet-Polset apparait. Nous n’en sommes encore qu’à Pocahontas. Mais bon, après 1400 mètres de dénivelé positif, et autant de négatif, il est temps de reposer les jambes, et la voix.

Lac Blanc

Jour 4: Refuge de Peclet-Polset – Pralognan

Dernière journée, un peu plus speed, avec un bus à attraper en fin d’après-midi. On s’est rajouté un peu de dénivelé en passant par le Chalet des Nants, pour le plaisir. La vue est magnifique depuis le chemin de cette dernière matinée, avec le Mont-Blanc en ligne de mire. C’est bucolique, on enjambe des prairies pentues de fleurs blanches, et on contourne les vaches énormes qui sont déjà là depuis plusieurs semaines. On arrive au pied d’un des Glaciers du tour, ceux-là qu’on aura fait que contourner pendant toute la boucle.

Je suis arrivée épuisée à Pralo, suite à ces derniers 21 kilomètres. La tarte aux myrtilles et la bière n’étaient pas de trop pour tenter de recharger les quelques batteries restantes. On a profité du torrent de montagne – glacé – qui traversait le village pour réveiller nos jambes. Il restait quelques heures de bus et de train, pour rentrer dans la soirée à Lyon. Quelques heures où l’on revient à la civilisation, puants et crevés. Quelques heures où on en vient à regretter les marmottes et les chamois.

Tour des Glaciers de la Vanoise: quand? comment? quel itinéraire?

Comme expliqué plus haut, nous avons pris les transports en commun pour atteindre Pralognan-la-Vanoise. J’aurais tendance à privilégier la voiture pour atteindre le fin fond des vallées alpines, vu leur caractère un peu reculé, mais il est vrai qu’en ces temps de calcul énergétique, le combo TER Lyon-Chambéry-Moutiers + bus Moutiers-Pralo, valait le coup.

Au niveau logistique, contrairement au Tour du Mont-Blanc, nous avons fait ce trek mi-juillet, à une période touristique normalement assez intense. Les mesures sanitaires de l’année 2020 étant passées par là, il y a tout de même eu moins de réservations pour les refuges. Néanmoins, en réservant deux semaines à l’avance, nous n’avons pas eu certains de nos premiers choix en refuges, et nous avons dû adapter le trajet prévu. L’avantage de ce Tour est qu’il est relativement malléable et flexible, le résultat fut donc sensiblement le même.
Tous les refuges peuvent se réserver sur le Portail des Refuges de la Vanoise. Suite au COVID, une charte doit être signée à notre arrivée dans chaque chalet, nous obligeant à respecter les gestes barrières, et nous devons avoir notre propre sac de couchage.

Pour anticiper les conditions météorologiques, nous avions appelé l’Office de Tourisme de Pralo avant de partir, pour savoir si nous prenions ou non les crampons. Pas de crampons pour cette fois-ci, mais des bâtons, et un sac d’une petite dizaine de kilos chacun, avec de quoi tenir par temps chaud et froid, et de quoi manger (car on ne croise pas un seul village sur la route – et les pique-niques proposés par les refuges peuvent être très chers). Comme ultime conseil, je suggère quand même de tester les nouvelles chaussures avant de partir pour plusieurs jours de trek – ou d’investir dans des pansements d’ampoules. On a failli perdre une coéquipière avant même d’avoir commencé à marcher.

Voici notre Tour des Glaciers de la Vanoise final:

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