Carnet de voyages en Nouvelle-Zélande, Europe et Asie
Kampot et Phnom Penh

Kampot et Phnom Penh

La fin du voyage approche. On savait qu’après notre escapade insulaire, il ne nous resterait que quatre jours au Cambodge, avant de reprendre l’avion vers l’hiver européen. Un rab de sud et de fraicheur balnéaire, avant de s’immerger dans la folie de la capitale.

Kampot, entre poivre et rizières

L’étape à Kampot ne faisait pas partie des plans initiaux, mais nombre de voyageurs nous l’ont conseillée, pour son atmosphère tranquille, et ses paysages. Sur notre route pour Phnom Penh, on décide de s’y arrêter une journée, histoire de s’imprégner de l’ambiance. La petite ville en bord de fleuve vit au ralenti. Notre guesthouse est un peu à l’écart, il nous faut faire dix minutes en tuktuk pour y arriver. Une fois sur place, plus question d’en sortir. La véranda ouverte donne sur la rivière, on prend notre petit-déjeuner les pieds dans l’eau, affalées dans de gros fauteuils moelleux. Des geckos et des grenouilles nous accompagnent lorsque l’on prend notre douche. Une chatte vient de mettre bas devant la porte de notre chambre, nous regardant avec suspicion à chacun de notre passage devant ses petits. Ambiance rustique au maximum. Le dernier soir, un gros bruit sur la toiture m’empêchera de finir ma douche tranquillement, sans que je ne réussisse à savoir quel animal est tombé ici. Comme depuis le début de notre voyage, la nuit tombe tôt. On se couche donc tôt, et le coq nous réveille comme d’habitude à l’aube, pour que l’on se lève comme chaque matin en même temps que les locaux, à 6h. Grand contraste chez ces Asiatiques, qui ne connait pas le mot « stress » et passent leur journée au ralenti, mais s’agitent comme jamais entre 6 et 8h du matin.

Un tuktuk vient nous chercher au petit matin. Pour une fois notre guide parle bien anglais, et nous réussissons à avoir une conversation un peu plus poussée. Il nous trimbale de point d’intérêt en point d’intérêt. Ici une grotte, dans laquelle des gamins essayent de faire nos guides pour trois dollars, malgré nos protestations. Là une étendue d’eau, Secret Lake, construit par des prisonniers pendant le régime des Khmers rouges. Et au milieu coulent des rizières. La langue du guide se délit, il insiste sur l’importance qu’a eu le régime de Pol Pot sur le Cambodge, et notamment sur cette région du Sud, et l’influence ressenti encore aujourd’hui, même sur lui qui semble plus jeune que nous. Chaque famille, nous dit-il, a été touchée par les atrocités commises pendant ces quatre années d’oppression. Difficile d’imaginer l’impact de cette dictature sur ces gens souriants, ces familles que l’on croisent et ces enfants sortant de l’école sur des vélos trop grands pour eux, nous souriants de toutes leurs dents. « Hellooooooo ! ». Un bébé n’en peut plus de se retourner pour nous faire sourires et risettes, alors que notre tuktuk s’éloigne dans la poussière du chemin. Encore quelques minutes, et nous serons englouties par le vert des rizières, cette couleur aux cinquante teintes différentes, que je n’ai jamais vue aussi éclatante.

Plus loin, notre guide nous dépose à la Plantation, une exploitation de poivre – typique dans la région – tenue par des Français. Guy, le propriétaire, est intarissable sur les différentes variétés de poivre, et nous fait découvrir un monde qui nous est totalement inconnu. Deux heures plus tard, poivre vert, poivre rouge, poivre long, poivre blanc, saisons de floraison et de cueillette, séchage, mise en pot, et autres particularités de la culture du poivre n’ont plus de secrets pour nous.
Nous reprenons la route pour aller enfin déjeuner. Kep, ville balnéaire à une vingtaine de kilomètres, est connue pour son crabe. On déambule dans les dédales du marché aux poissons, entre crevettes et poissons non identifiables grillés devant nos yeux, goûtant uniquement aux beignets de coco qui semblent, eux, avoir respecté la chaîne du froid. Des cagettes en bois immergées dans l’eau nous interpellent sur la façon locale de pécher le crabe. Ce ne sont en fait que le « garde manger », qui permet de garder les crabes « au frais » avant de les vendre.

Cette journée au milieu d’un petit havre de paix nous rappelle l’authenticité de ce pays, qu’on avait oublié depuis le passage de frontière et l’arrivée dans la bouillonnante Siem Reap. Derniers massages, dernier coucher de soleil, on profite et on s’attable devant notre dernier curry, avant de revenir à la « civilisation ».

Phnom Penh, capitale asiatique

Comme toute capitale asiatique, Phnom Penh s’appréhende prudemment. Il faut déjà apprendre à écrire son nom correctement, puis à le prononcer.
Petite capitale, la ville se visite plus facilement que Bangkok ou l’horrible Jakarta. Traversée par le Mékong, elle se parcourt en tuktuk ou en scooter. La circulation y est agressive, notamment après plusieurs semaines au vert, surtout sans trottoirs.

Moins violente cependant que la visite du S21. La tristement célèbre prison des Khmers rouges se visite, musée du génocide Khmer depuis 1980. On passe la cour de Tuol Sleng, cette ancienne école qui me rappelle étrangement l’ancien siège de la Gestapo à Berlin. J’enclenche l’audioguide, et là, les bâtiments décrépis apparaissent tels qu’ils sont: un lieu de torture atroce, laissé en état, des tâches sombres encore visibles sous les lits des prisonniers. Du sang, des cris, des barreaux, des gens. Mon ventre se noue au fil des pièces que je traverse. Entre 16 000 et 20 000 personnes sont passées entre ces murs, desquels on ne ressortait pas vivant. Chaque détenu envoyé à Tuol Sleng était un coupable désigné. A la libération, il y avait sept survivants, dont deux enfants. Les histoires défilent dans mes oreilles, comme celle de Kerry Hamill, ce Kiwi qui naviguait au large des côtes cambodgiennes et a eu le malheur d’être emprisonné ici. Mon ventre n’en peut plus. J’ai beau avoir lu beaucoup d’écrit à ce sujet depuis notre arrivée sur le sol cambodgien, la réalité concrète du génocide est violente et me prend aux tripes. J’en frissonne encore en écrivant ces lignes. Bien sûr, je reviendrai à ma vie d’Européenne privilégiée quelques heures plus tard, mais avec une pierre de notre histoire en plus dans ma conscience. Ne pas oublier, et transmettre, pour ne jamais se dire que ce que l’on a aujourd’hui est acquis.

Le soir même, la fraîcheur et la gentillesse d’Harry et Aude, deux expat’ rencontrés via une amie, nous fait du bien. A trois sur le scooter d’Harry, sans casque, on traverse quelques rues pour aller manger dans leur bouiboui préféré. Assis en tailleur autour de la table, on picore chacun dans tous les plats colorés. La convivialité de ce moment se poursuit tard dans la soirée, avec quelques cocktails à la terrasse d’un bar, au bord du Mékong.

Le séjour est presque fini. Il ne nous reste qu’une journée à déambuler dans le Palais Royal et les temples de la capitale, avant de passer les dernières heures au bord de la piscine, avant que l’orage ne s’abatte sur nous. Décidément, le voyage est bel et bien fini. Il est temps de rentrer.

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