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La Petite Ceinture

La Petite Ceinture

15h. Samedi après-midi. Il fait beau et chaud en ce début du mois de mai, et les passants ont sorti t-shirt et sandalettes. Sauf nous. On a été investi d’une mission: aller prendre des photos dans les souterrains parisiens. Pas de short ni nu-pieds. Des vêtements qui ne craignent rien, des baskets et une frontale. Direction la Petite Ceinture et ses galeries pour un après-midi hors du commun. L’aventure.


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La Petite ceinture, c’est quoi?

La plupart des Parisiens connaissent la Petite Ceinture, un des lieux « secrets » de la capitale. À l’origine, c’est une ligne de chemin de fer d’environ 32 kilomètres qui fait le tour de Paris à l’intérieur des boulevards des Maréchaux, c’est-à-dire intra-muros. Ouverte par tronçons au milieu du XIXème siècle, elle est d’abord exclusivement consacrée au trafic de marchandises avant d’être ouverte au trafic de voyageurs. Désertée peu à peu par les usagers avec la création du métro, elle est finalement fermée aux voyageurs en 1934, puis aux marchandises en 1985. Depuis, la Petite Ceinture est laissée à l’abandon.

Oui, il y a 32 kilomètres de verdure inexploitée dans Paris. La nature y a repris ses droits, et pas moins de 200 espèces végétales et 70 espèces animales vivent sur le plus gros terrain vague de la capitale. Quelques portions dans le 15ème et le 16ème arrondissements ont été ré ouvertes au public. Mais le lieu fait l’objet d’un débat incessant entre la SNCF et la Mairie de Paris, ce qui rend son exploitation quelque peu compliquée. La majorité des tronçons restent donc inexploitée et interdite d’accès au public. Comme les catacombes, qui s’aventure dans ces lieux le fait à ses risques et périls.

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Notre expédition

Il y a cependant quelques points d’entrée, plus ou moins faciles d’accès. Avec mes partenaires d’aventure, notre choix s’est porté sur un accès près de la Flèche d’Or, dans le 20ème. Escalade le long d’un muret et un peu d’équilibrisme, pour déboucher sur le chemin de fer abandonné. Notre objectif était de rallier les Buttes-Chaumont.

Jusqu’ici tout va bien, on commence notre balade, et il nous suffit de suivre les rails en direction du Nord. On avance au milieu de ces herbes folles, contraste frappant de verdure avec les immeubles nous surplombant et les sons de la ville qui nous parviennent encore. On croise d’autres promeneurs, appareils photos en bandoulière, quelques restes de barbecue et de nombreux graphs sur les parois.

je_suis_charlieLe premier tunnel est l’occasion de faire quelques photos, tout en faisant attention où l’on met les pieds, pour ne pas marcher sur de la ferraille rouillée, des déjections ou pire, un rat. Aventurières, mais pas téméraires, on se retrouves bloquée au bout de ce tunnel par une grille de plusieurs mètres de hauteur. Des piques dressés au dessus, aucune envie de risquer notre peau pour passer au dessus. Trop fières pour rebrousser chemin (et un peu flemmardes après ce premier kilomètre parcouru), on se dirige vers une « sortie de secours », et en grimpant les échelons sur quelques mètres de haut, on débouche dans un parc. Encore une fois, le contraste est marquant entre nous cinq avec nos frontales et sacs à dos, et les squatteurs des parcs ensoleillés. Mais comme à Paris rien n’étonne plus grand monde, personne ne nous regarde réellement.

Ne nous avouant pas vaincues, nous continuons notre chemin dans les rues, petite_ceinturepour essayer à nouveau de rentrer sur la ceinture au parc des Buttes-Chaumont. Manque de chance, à cause des travaux qui ont lieu dans le parc actuellement, la plupart des accès sont fermés et les grilles rehaussées. On longe les grillages pour trouver la faille, mais peine perdue, nous ne passerons pas dans le tunnel sous les Buttes. Quelques autres visiteurs nous indiquent des chemins de traverse, et l’on tombe enfin sur une entrée toute simple dans un petit square de la rue de Crimée. Presque trop facile. Une dernière partie de Petite Ceinture, savourée à sa juste valeur. Comme une sorte de High Line, le sauvage et l’interdit en plus. Cette ambiance verte dans ce lieu où la nature a repris ses droits est incroyable et me fait oublier que l’on se trouve en plein Paris. Suivre les rails sans réellement savoir jusqu’où l’on peut aller. Une impression d’être dans la campagne, transportée ailleurs. Mais Paris se rappelle à nous avec ses immeubles neufs nous entourant, aux couleurs vives et agressives. Il faut malheureusement en sortir, escalader un dernier grillage sur ce pont au-dessus du Canal de l’Ourcq. Pour se retrouver dans la foule du Canal Saint-Martin, comme si rien ne s’était passé.

Belle parenthèse.

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Alors, Madame Hidalgo, c’est quand que vous réinvestissez cette ceinture pour la faire revivre?
La bonne nouvelle c’est qu’apparemment la mairie de Paris et la SNCF se sont mis d’accord le 7 avril dernier sur un protocole qui devrait permettre une ouverture plus grande de la Petite Ceinture au public. La SNCF mettrait à disposition gratuite certains tronçons, que la Ville de Paris réaménagerait. D’ici la fin de l’année un « plan-programme » pluri-annuel va identifier les activités susceptibles d’y être développées, pour ensuite les mettre en place. Ça avance…

Pour de belles photos de la Petite Ceinture, allez jeter un œil sur le travail de ce photographe, Pierre Folk. Pour de moins belles photos, mais néanmoins rigolotes, ça se passe chez boostrépublique.

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