Carnet de voyages en Nouvelle-Zélande, Europe et Amérique du Sud
Paris, je te quitte

Paris, je te quitte

Paris, je te quitte.
Toi qui m’a fait rêver, toi qui m’a enchantée, toi que j’ai détestée, toi qui va me manquer, toi qui était devenue ma vie, Paris, je te quitte.

Je déteste les adieux. Ne m’accompagne pas sur le quai du RER B avant que je ne prenne mon avion, ne viens plus me chercher Gare de Lyon un dimanche soir. Ne rendons pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà. Ne gardons de ces années passées ensembles que les bons souvenirs.
Je ne sais plus vraiment comment notre histoire a commencé. Le long du Canal Saint-Martin sûrement, rive droite assurément. Les années rive gauche, du côté familial, m’avaient permis de t’approcher lors de petites vacances et de longs weekends. Je côtoyais alors plus les traiteurs de la rue Lecourbe que les bars du 11ème, et la Tour Eiffel se trouvait plus souvent sur mon chemin. Mais la petite montagnarde que j’étais n’était pas séduite.
Plus tard, un beau jour d’automne 2011, j’ai débarqué avec mes cartons et un contrat de travail en main. Et petit à petit, à coup de brunchs du dimanche entre cousines, de balades en Vélib et de concerts vers Pigalle, tu as pris de plus en plus de place dans ma vie. Jusqu’à ce dimanche soir, où rentrant d’Annecy, j’ai eu ce sentiment étrange, mais tellement agréable, de poser mes valises à la maison, en poussant la porte de mon petit nid rue de Chabrol.

Sept ans. Sept années à devenir à contrecœur cette « Parisienne » tant moquée par mes Annéciens. Sept ans à éplucher blogs et réseaux sociaux pour dénicher le meilleur endroit où manger. Alors qu’au final, on sait très bien toi et moi que rien ne vaut le bobun spécial mixte du Petit Cambodge, le burger de PNY et les pâtes à la truffe d’Obermamma. Sept ans, mais combien de pintes dégueu à 4€, de shooters payés par les copains, de croques-McDo salvateurs, de Vélib pris à 3h du mat, de courses contre la montre dans les couloirs du métro pour attraper un train, de bouteilles de rosés vidées au bord du Canal, de houmous partagés, de Pass Navigo validés?

Tu m’as fait découvrir tellement de choses. J’ai pleuré aux premières notes de l’ouverture de West Side Story au Châtelet, et ri souvent dans tes théâtres. J’ai écorché mon genou sur ton bitume en y tombant plusieurs fois, j’en ai usé des semelles en te parcourant en long et en large. Je me suis émerveillée devant tes bâtiments et ton histoire, à toute heure du jour et de la nuit. J’ai cru que quelque chose de fort se construisait en pleine Bastille un soir de mai 2012, j’ai cru en l’espoir en défilant sur tes boulevards un certain 11 janvier 2015. J’ai posé trop de bougies au pied de ta République, chez moi. Je me suis appropriée tes rues au point de ne plus réfléchir pour me faire ramener à bon port par mes pieds à toute heure du jour et de la nuit. Je ne me suis pas couchée pour regarder l’aube se lever sur tes immeubles. Je me suis réveillée dans des draps étrangers, au fin fond de quartiers lointains, avant d’errer dans les rues à la recherche du premier croissant.

Mais aujourd’hui je n’en peux plus. Je ne supporte plus tes hivers, où l’attitude de tes habitants est plus violente qu’une tempête de neige. Je n’en peux plus de tes métros bondés et de tes pics de pollution. Je me suis perdue dans tes méandres et je n’aperçois plus l’horizon, même en grimpant sur la butte Montmartre. Tu es fatigante, tu ne me laisse plus assez d’espace pour respirer. On s’est bien marré mais j’ai besoin d’aller voir ailleurs. On savait pourtant dès le début que cette histoire était vouée à l’échec. Je te parlais neige et grands espaces, alors que tu me vendais loyers exorbitants et asthme d’effort.

Et pourtant, on s’est apprivoisées. De verres en apéros, de balades en runs, de pique-niques en soirées, tu m’as fait multiplier les rencontres. Il y a eu les futiles mais utiles, les furtives qui n’ont pas duré, et les vraies, celles qui m’ont permis de construire ma petite famille parisienne. D’eux, de ces gens auxquels je me suis attachée, je pourrai parler des heures. Mais on ne reste pas pour des amis, aussi importants soient-ils dans ma vie.

Notre histoire est devenue exclusive, et cet arrondissement est devenu mon village. Le 11ème, celui en haut à droite, là où se trouve le cœur. Les options se sont resserrées par plaisir et par confort, au point qu’une soirée à errer dans les Abbesses prend maintenant des airs de vacances.
Oberkampf, rue Saint-Maur, Répu, et ce sacré Canal. Heureusement que la plupart de tes meilleurs endroits se trouvent dans ce périmètre. C’est d’ailleurs dans ce coin que mes bières sont depuis ces derniers mois teintées d’une lumière de néon rosée, celle des amis, enkore. Et pourtant, on notera que malgré le pouce bleu et le bestiaire, on n’est comme même jamais allés au Badaboum.

Ressasser tous les souvenirs serait trop long, et je suis déjà assez nostalgique. Je les mets dans un coin de ma tête, dans cette petite boîte estampillée « Paris« . Je les ressortirai quand ta culture, ou la chaleur de tes soirées, me manqueront.

Paris, tu n’es pas une ville que l’on quitte facilement. Il m’a fallu plusieurs mois pour me décider à enfin franchir le pas. En te quittant, ce n’est pas qu’un lieu que je quitte, mais une partie de ma vie. Un ami me disait en soufflant ses 33 bougies que s’il survit à Paris – contrairement au nombre croissant de nos potes qui décident de partir – c’est parce qu’il « renouvelle » régulièrement son Paris, en changeant de job, ou en se faisant de nouvelles relations. Cette fois-ci, je n’en ai plus envie. J’ai les yeux trempés en écrivant ces mots, mais Paris, je te quitte. J’ai décidé d’aller voir ailleurs et chercher un nouveau souffle pendant quelques mois, celui tant attendu de l’Amérique latine. Ne pleure pas, je sais que je reviendrai, avec surement un plus grand plaisir, vers ces amis, ce travail, et ces quartiers adorés. Ou ailleurs. Oui, sûrement ailleurs.

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