Carnet de voyages en Nouvelle-Zélande, Europe et Amérique du Sud
L’aventure humaine

L’aventure humaine

« Après quoi tu trottes? Le vrai voyage, c’est l’aventure humaine. » C’est la remarque que m’avaient faite Tann et Julien, deux amis parisiens, lorsque j’avais fais un bilan de mes voyages, à 30 ans.

L’aventure humaine

L’aventure humaine.

Julien utilise cette expression pour décrire les rencontres avec ces gens qu’au départ rien ne rassemble, à part du hasard. La plus belle illustration en est l’aventure générée par nos groupes de running dans lesquels je suis depuis environ quatre ans. Un concept développé par adidas en 2014, qui consiste à courir régulièrement avec les gens de son quartier. Aux runs hebdomadaires du mercredi devenus petit à petit un rituel fort agréable, se sont succédés bières, rencontres, déjeuners, apéros, soirées. Puis des weekends, des anniversaires, et des vacances se sont organisées avec ces amis, qui font maintenant partie de ma vie. Des amitiés qui découlent d’un 10 km, avec des personnes que je n’aurai surement jamais rencontrés autrement, c’est cela l’aventure humaine. Les rencontres de la vie, tout simplement. Le hasard des affinités, entre des gens qu’un quartier rassemble, c’est celle là l’aventure humaine, qui paf badaboum, transforme tes bières en trois jours entiers de fous rires.

Alors pourquoi voyage t-on si l’on peut rencontrer ces gens dans le bar en bas de chez soi? Pourquoi vais-je aussi loin? Si je bouge autant, que vais-je voir? Qui vais-je rencontrer?

Au delà des paysages, est-ce que ce n’est pas vers cette recherche des gens, de l’autre, que je tends? N’est-ce pas celle-là la vraie aventure?

Les rencontres en voyage

J’avoue que je n’ai pas vraiment de réponse à ces questions. Et pourtant je continue, plus que jamais, à voyager.

Dans les transports, dans les bus, les trains, pendant les moments d’attente en correspondance, dans une cantine d’auberge, dans mes moments de pause, c’est là que je rencontre ces gens que le voyage et le hasard placent sur ma route. C’est avec eux que les conversations s’engagent, lorsque nous sommes enfin disponibles, débarrassées de nos « obligations » quotidiennes. Mon voisin a le temps. Comme moi, il n’est pressé par rien aujourd’hui. Il a encore six mois de voyage devant lui, il peut bien prendre quelques minutes, voire quelques heures ou plusieurs jours, à échanger avec moi. Et comme d’habitude, on ne se demandera nos prénoms qu’après quelques heures d’introduction. L’exact contraire de mon quotidien actuel.

Mon challenge de neuf mois en Nouvelle-Zélande était d’aller parler à des inconnus, et surmonter ma peur de l’autre. Ou juste ma peur d’être à nu, un peu plus vulnérable que cachée derrière mon smartphone. J’y suis arrivée, plusieurs fois, mais une dizaine d’années plus tard, je sais que j’ai encore beaucoup de progrès à faire. Et pourtant. Simon, Felipe, Richard, Matthieu, Maria, Delphine, Rob, Lucie, Ale, Pippo, ce sont quelques noms parmi tous ces gens que les voyages ont placé sur ma route. J’ai partagé avec tous des histoires de voyage et de vie, souvent grâce à une simple phrase, ou juste un sourire. Puis parfois, au milieu d’une île de l’océan Pacifique, on se rendait compte qu’on avait des connaissances en commun, quelque part dans les Alpes.
Chaque rencontre est comme une pièce de plus dans mon puzzle à moi. Tellement de milliers de rencontres possibles, autant de voyages à faire.

Ces derniers mois, j’ai lu beaucoup d’articles qui dénigrent « l’esprit backpacker ». Le mouvement généré par le voyage donne le sentiment de vivre à fond et de consommer le monde. Ce mode de consommation rapide est ce qui rassemble la plupart des activités de ma vie parisienne: plusieurs rendez-vous enchaînés sur une soirée, applications de rencontre avec la possibilité de zapper rapidement et passer à autre chose sans penser aux conséquences, besoin de cocher toutes les petites choses qui sont sur notre todolist. Le voyage ne se résume bientôt qu’aux blogueurs et à leurs photos sur Instagram, qui ont été mises en scène puis retravaillées. On en arrive aujourd’hui à un certain conformisme de consommation du monde. Je sais que moi aussi je participe à ça, dans mon quotidien, et mes voyages. Je discutais il y a peu avec un pote qui me donnait des conseils pour mon prochain périple, m’expliquant comment sortir des sentiers battus au Pérou, pour tomber sur des paysages, certes moins photogéniques, mais où les rencontres sont plus authentiques, plus faciles.

J’ai encore des destinations à cocher sur ma wishlist, mais je sais que c’est vers les gens que j’irai dans les prochains mois. Contrairement au tourisme, le voyage s’attache au monde par les racines, par les gens. Et si je n’arrive pas à aller vers eux, je sais qu’en me posant, en observant, en rangeant mes convictions dans une boite et en ouvrant ma curiosité, ils viendront à moi.
J’ai hâte.

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