Carnet de voyages en Nouvelle-Zélande, Europe et Asie
30 ans, et cinq continents

30 ans, et cinq continents

Trente ans.

Trente ans. Environ trente-six pays visités. Plus de 400 000 kilomètres parcourus. En avion, en tuktuk, en vélo, en bus, en métro, en funiculaire, en télésiège, en voilier, en scooter, en stop, en courant, en kayak, en train, en pieds, en sac à dos, en éléphant. Et j’en passe.

Trente ans. Et dire que je les attendais ceux-là. Je m’étais promis un soir en Nouvelle-Zélande, assise sur un banc face à l’étendue du lac Taupo, qu’à 30 ans j’aurai mis les pieds sur les cinq continents.
La trentaine a démarré, faisons le bilan calmement. Cinq continents. Sur certains je n’ai mis qu’un orteil, entre hôtels et réunions de travail, ayant à peine le temps d’aller manger un pao de queijo. Sur d’autres, j’y suis allée la bouche en cœur, montant dans le Thalys comme si je prenais un RER, remplaçant le tampon du passeport par une gaufre locale. Néanmoins j’en ai à chaque fois ramené des souvenirs, et je me suis façonnée ma propre expérience du voyage, sur notre planète. Certes, certaines destinations n’ont pas encore été atteintes, mais j’ai mis – rapidement – les pieds en Amérique latine, enfin.

Trente ans. En cette année charnière, les articles à clics et à listes pullulent sur les profils facebook de mes amis, écris pour cette génération nostalgique des 90’s. « Toi qui est né en 1987, souviens-toi des Spice Girls, des Pogs, des bracelets brésiliens, des crop tops, des Hanson, etc. Tout était bien plus merveilleux quand on pouvait acheter un carambar pour 20c de francs!» Oui, et le mur n’était pas encore tombé, et on devait changer de monnaie dès qu’on passait une frontière. Erasmus n’en était qu’à ses prémisses. Et ma photo figurait encore sur le passeport de ma mère. J’étais trop jeune pour décider moi-même de mes destinations, et conduire le camping-car.

Trente ans, et cinq continents plus tard – ok, quatre et demi – qu’est-ce qui en ressort? Qu’ai-je vu d’incroyable, qu’ai-je fais de fou?
J’ai parcouru mes carnets de voyage et mes souvenirs à la recherche de mes coups de cœur, ceux qui me font encore frisonner, ou ceux dont je peux parler pendant des heures…

  • Pays préféré(s) : Italie, et la Nouvelle-Zélande.
    Pour résumer, je pourrais vivre en Italie si les Kiwis y habitaient.
  • Ma maison à l’étranger : Windy Welly, cette capitale à l’autre bout du monde que je me suis appropriée, entre climat breton, verdure, pohotukawa fleuris, vent, culture maorie et chai latte.
  • Ville(s) préférée(s) : Rome.
    Ou Prague.
    Ou Stockholm.
    Ou Wellington.
    Ou Amsterdam ?
    Pfff, en fait je ne saurais choisir!
  • Langue préférée : l’italien. Parlez-moi, que je m’abreuve de vos mots jusqu’à plus soif.
  • Plus belle découverte : l’Asie du Sud-Est, qui à la base ne m’attirait pas, et où je retourne régulièrement depuis mon premier stop en 2011, comme aimantée par son aspect si dépaysant.
    Et Budapest, belle comme Prague, agréable comme Berlin.
  • Plus beau couché du soleil : Santorin. Même si aller s’asseoir sur les marches blanches de Oia c’est cliché et complètement surfait, cet orange qui se fond dans la Méditerranée me fait le même effet aujourd’hui que lorsque j’avais un an et demi.
    Ou n’importe quel couché de soleil en fait, car à chaque fois l’émotion est la même.
  • Plus beau levé de soleil : Bromo, sur Java, avec Laure-Anne et Camille (qui était encore là pour le levé de soleil sur ma trentaine). Des couleurs sublimées dans la brume, à peine ternies par la foule nous accompagnant.
  • Plus belle nuit étoilée : celle précédant le lever de soleil, au dessus de la caldeira de Bromo. Cette impression incroyable d’être engloutie par l’immensité des planètes nous entourant. Je ne savais plus où donner de la tête, la Voie lactée s’étirait devant mes yeux et j’avais le sentiment que je pouvais toucher des doigts chaque étoile. J’étais minuscule, mais je sentais que je faisais pleinement partie de ce tout. Rarement je n’ai été sous un ciel aussi impressionnant.
  • Plus belle(s) plage(s) : s’il fallait choisir, je dirais Palombaggia en Corse, les criques de Coromandel en Nouvelle-Zélande, et Maya Beach en Thaïlande – la plage du film The Beach.
    Il me faut une crique, un endroit paisible. Je préfère une petite plage familiale bretonne ayant du caractère qu’une longue étendue landaise sans début ni fin.
  • Plus belle montagne : le Mont Blanc, et la vue sur ses cimes depuis le refuge Bonatti – un de mes plus beaux souvenirs de ce TMB. Le néo-zélandais Taranaki se défend pas mal aussi, seul point blanc culminant au milieu des champs verdoyants.
  • Plus beaux lieux de culte : toutes les églises de Rome (surtout Santa Maria in Trastevere), qui m’avaient presque redonné l’envie d’y croire – presque, seulement – et la Sagrada Familia catalane, qui ne sera jamais finie.
  • Plus beaux villages : ceux des Cinque Terre, qu’ils soient à flanc de falaise ou en bord de mer, nichés dans un de mes endroits préférés sur terre.
  • Plus beau bleu : celui de Santorin, dans les dédales des rues de Chefchaouen – la ville bleue marocaine, et les nuances quasi transparentes des plages de Koh Rong, au Cambodge.
  • Plus belles couleurs : Burano bien sûr.
    Puis Copenhague, et le pays Basque, aussi.
  • Plus belle claque : Rome, la nuit, devant le Panthéon, au tout début de mon séjour Erasmus. Ce moment précis où j’ai compris à quel endroit je me trouvais. J’avais devant moi plus de deux mille ans d’Histoire, en plein cœur de la ville.
    J’en ai des frissons à chaque fois que je me remémore cet instant, suivi par la douceur d’un des meilleurs tiramisu de la ville.
  • Plus gros kiff : celui que je place encore régulièrement dans les conversations: « j’ai skié au Japon. Oui, c’était sympa, mais bon, la neige était un peu lourde. »
  • Plus belles pierres : le Bayon aux milles visages, à Angkor Wat.
    Pompéi, parcourue en long et en large, et le Forum à Rome, à l’époque où il n’y avait pas besoin de payer un ticket pour avoir le droit de le traverser. Je pourrais m’asseoir des heures sur ces grosses pierres, et juste imaginer tout ce qu’elles ont vu passer.
  • Plus beau lac : Annecy, sans hésiter. Déso Wanaka, j’assume complètement ce manque d’objectivité.
  • Plus gros dépaysement : le Japon, une immersion de quelques jours au milieu de cette culture traditionnelle et tellement moderne. Ainsi que les 4000 îles au Laos, et cette langueur qui m’avait fait tellement de bien. 
  • Pire destination : l’Inde. Ce bruit permanent, et surtout Agra et ses arnaques. Je ne me suis rarement sentie autant agressée, et aussi peu à ma place.
  • Pire job à l’étranger : les deux mois comme serveuse au Subway de Swansea, où l’odeur m’imprégnait tellement que je plongeais après chaque service dans un bain, me frottant de la plante des pieds aux cheveux.
  • Meilleurs plats : tous les délices de l’Italie.
    Le pastrami berlinois, le chai latte néo-zélandais, le mango sticky rice thai, les cheesecakes new-yorkais, les kanelbullar suédois, les pasteis de Belem, le tarama grec, le miel de Manuka, le halva méditerranéen, la pavlova néo-zélandaise. Ma mère me disait quand j’étais petite qu’un pays se visitait par la nourriture, j’ai depuis longtemps adopté ce principe.
  • Meilleures glaces : Rome – oui, encore. « Gelato » est d’ailleurs le premier mot d’italien que j’ai retenu.
  • Plat le plus insolite : l’omelette aux fourmis dans les hauteurs de Chang Mai, cuisinée par notre guide. Croquante, et originale.
  • Musée le plus intéressant : Te Papa, à Wellington. Ça en est devenu ma deuxième maison, j’y passais des après-midis entiers à déambuler au milieu des expositions sur la pierre de paua et sur l’histoire maorie, m’y abritant régulièrement du vent et de la pluie. Je retiens aussi le musée Ghibli à Tokyo, si insolite.
  • Librairie préférée: j’ai un problème avec les librairies, presque le même qu’avec les glaces. Je peux y rester des heures, sans rarement en ressortir bredouille. Une des plus belles librairies que j’ai vue est Atlantis Book, à Oia. Les livres y sont entassés dans des étagères qui montent jusqu’au plafond, et on y trouve toutes les langues. Ma caverne d’Ali Baba.
  • Destination la plus romantique : il parait que Rome est très très romantique. Il parait aussi que j’y serais retombée amoureuse, après plusieurs verres de Chianti et une balade jusqu’à la fontaine de Trevi.
    Il paraîtrait également que Paris se défend pas mal en la matière.
  • Mon lieu secret : un trou de serrure, à Rome, que l’on trouve au sommet d’une colline. La vue sur laquelle on tombe en y posant notre œil en pleine nuit vaut le détour.
  • Moyen de transport le plus insolite : Le petit coucou que j’avais pris pour quitter Great Barrier Island et revenir à Auckland, dans lequel nous étions cinq passagers, tous équipés de casques, et le pick-up qui nous avait pris en stop sur la West Coast – toujours en Nouvelle-Zélande – où l’on s’était installées entre cannes à pêches et chiens.
  • Run le plus agréable : Central Park, à New York, et les bords d’un lac gelé à Stockholm. Prendre mes baskets en voyage est maintenant devenu un rituel…
  • Plus beau roadtrip : celui avec Benj, qui était plus un traintrip qu’autre chose, le premier de tous ces voyages, en avril 2007, entre Londres, Newcastle et Manchester. C’est cette première expérience qui m’a donnée envie de continuer à crapahuter, mon sac sur le dos.
  • Plus belle route : Blue Pacific Road, entre San Francisco et Santa Barbara. L’aspect sauvage et vert sublimé par la proximité de l’océan.
  • Plus gros fail de voyage : les inondations avec Sylvain, quand on a dû faire 350 kilomètres de détour pour contourner la route coupée par les trombes d’eau qui étaient tombées dans la nuit. 
  • Plus beau loupé d’avion : louper un avion ou un train est une habitude dans ma famille. On a chacun quelques jolis ratés à notre actif. Pour ma part, j’ai fait fort quand je me suis rendue compte à minuit, que mon avion de 9h le lendemain matin pour Berlin avait en fait été réservé pour la veille. Résultat, gros stress et petit trou dans le budget au début des vacances.
    Le Barcelone-Genève, raté à cause d’un excès de romantisme et de réminiscences de l’Auberge espagnole au parc Guell, était nettement plus rigolo.
  • Plus beau bobo : mon pied râpé sur du bitume à Koh Tao, le sang qui en est sorti, mes deux évanouissements qui ont suivi, et les 10 jours de pansements tenants tant bien que mal sur un pied soumis à la poussière des temples thaïlandais.
  • Plus grosse frayeur : l’atterrissage en avion à Queenstown, quand j’y suis retournée en 2012. Je n’avais jamais expérimenté une zone de turbulence aussi forte, alors qu’on était entre deux montagnes. 
  • Plus beau coup de soleil : sur les îles Gili, après plusieurs heures de snorkelling. La trace du maillot de bain était encore visible l’été suivant.
  • Plus belle gueule de bois : la Saint Patrick à Dublin, après une journée de parade – où j’en avais d’ailleurs perdu une boucle d’oreille – la nuit presque blanche à Koh Rong ou les trois jours de fête à Koh Phi Phi, les oreilles remplies de musique pop acidulée ? Difficile de choisir, mais mon espérance de vie a fortement baissé à chaque endroit.
  • Meilleur one time friend : Lucie, lors de ma journée de stop improvisée en Nouvelle-Zélande, et Richard, ce coup de cœur rencontré à la baie d’Halong, avec qui j’ai regardé le soleil se lever en me baignant devant notre jonque.
  • Plus belle rencontre animale : les pingouins de Nouvelle-Zélande, et les tortues des îles Gili.
  • Meilleur « partner in crime » : pas facile de choisir. Chaque époque a eu son partenaire, ses fous rires et coups de cœurs partagés, et d’autres sont encore à venir!
  • La chose la plus folle que j’ai faite en voyage : Souvent, le plus fou est ce défi que je me lance à moi-même, pour partir à l’autre bout du monde seule, faire des randos de plusieurs jours seule dans les Alpes néo-zélandaises ou françaises, faire du stop pour adapter mon itinéraire ou encore passer mon PADI dans une île thaïlandaise.
    Et parfois, quand je pars accompagnée, ces folies restent des souvenirs que l’on garde pour nous, que l’on saura ressortir plus tard, au moment le moins opportun, pour de belles tranches de rigolade. 
  • Lieux le plus insolite pour fêter son anniversaire : la place du Capitole, à Rome, la veille de mes 21 ans, suivi par quelques bouteilles de bières sur la Piazza Navona, et trois roses rouges achetées au Pakistanais du coin lorsque minuit est passé.
    Ou Las Vegas à 18 ans – ce qui ne sert strictement à rien en terme de droits pour la majorité.
    Ou encore Tunis à 13 ans, un jus de fraise pressé à la main, un camping toscan pour souffler mes cinq bougies, une boîte de nuit à Swansea pour mes 20 ans, Taupo le jour de mes 24 ans en Nouvelle-Zélande… J’avais d’ailleurs pris mon billet pour Auckland le jour de mes 23 ans, un certain 23 avril 2010, depuis Bordeaux.
    Qu’ai-je fais le jour de mes 30 ans, à part admirer le lever du soleil sur Paris, et voter pour les présidentielles?

Et maintenant ?
Mon premier roadtrip « sans papa ni maman » date d’il y a dix ans – Benjamin, on repart quand à dos de coccinelle ?
Je ne vais rien changer, juste continuer à voyager, et aller là où le vent me porte, puis surtout où j’ai envie de mettre les pieds depuis des années, notamment au Canada et en Amérique latine, seule ou avec de nouveaux compagnons de route. A suivre!

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