Carnet de voyages en Nouvelle-Zélande, Europe et Amérique du Sud
Ushuaïa, le bout du monde

Ushuaïa, le bout du monde

La voilà enfin, cette ville du bout du monde qui me faisait tant rêver. On la découvre après avoir traversé la région retirée de la Terre de Feu, et ses montagnes. En arrivant, on se sent un peu groggy, comme les pionniers après un long voyage, sans vraiment trop y croire. Et pourtant, au bout de la marina le nom d’Ushuaïa a été sculpté en lettres géantes devant le front de mer, comme pour nous confirmer que l’on est bien arrivé. 

El fin del mundo

Cette petite ville sans charme au premier abord, construite au bord du canal de Beagle, a tout misé sur son aspect reculé. Partout, où qu’on se promène dans la ville, il est écrit « fin del mundo« . Autoproclamée ville la plus australe de la planète, Ushuaïa se donne des airs d’endroit unique au monde. Et pourtant, la civilisation est bien présente ici.

Il faut aller les chercher les explorateurs. Ou attendre qu’ils viennent nous trouver. Comme Uca, le gérant de la marina qui nous alpagué et nous a présenté tous les marins présents sur le quai. Quelques Français, et pas mal de passionnés des mers du Sud, qui attendaient patiemment quelques jours de plus pour aller naviguer dans le détroit de Beagle, vers Puerto Williams, la vraie ville la plus australe du monde. C’est à cet instant que mon impression de bout du monde en prend un coup: les bateaux ne s’arrêtent pas ici, ils vont plus au Sud, toujours plus au Sud. Plus tard, Marjolaine, une Française rencontrée dans notre dortoir me contera ses histoires d’Antarctique, elle qui revient juste d’une croisière. C’est la première fois de mon voyage que je ressens une légère frustration à ne pas aller plus loin. J’ai parcouru des kilomètres pour me retrouver face à nouveau territoire, immense, auquel je ne peux accéder. Tout est hors de prix. Un aller-retour pour Puerto Natales coûte 220 dollars US, alors que ce n’est qu’à une heure de bateau. Mais c’est le Chili, et changer de pays par les airs ou les mers ici coûte cher. Faire du bateau stop n’est pas envisageable : on nous attend une semaine plus tard à trois mille kilomètres de là pour faire du volontariat dans un lodge.

Et pourtant, l’idée d’aller plus loin s’est déjà installée dans ma tête. Cependant Arthur, ma première rencontre du voyage, me l’avait bien dit: dans ce genre de voyages au long cours, même si on a le temps, on ne peut pas tout faire. Bizarrement, alors que tout le monde l’avait dénigrée, cette petite ville sans charme qu’est Ushuaïa me fait de l’effet. Mais je ne devrais pas m’attacher aux lieux, tout comme aux hommes d’ailleurs. C’est face à l’immensité des mers du Sud, que je rêve maintenant de découvrir, que je me rends compte que j’ai encore des choses à apprendre sur le voyage. Aller jusqu’au bout de ses envies, oui, même si ces rêves sont immenses et semblent loin, comme la Patagonie. Et si ce n’est pas possible, se promettre de revenir, plus tard.

En attendant de remettre un pied en bout du monde, on goûtera à la bière locale, puis j’irai acheter un bouquin sur le maté à l’unique librairie du coin. On comptera le nombre de saisons qui passent en un jour (vent, pluie, soleil, neige, pluie, soleil, etc.), et on attendra après 23h que le soleil se couche pour regarder la Croix du Sud. On prendra ensuite le temps de discuter avec les habitants – qui sont tous originaires d’ailleurs en Argentine, et on mangera des fruits arrivés ici après une semaine de cargo. Puis on ira faire une dernière balade en Terre de Feu, avant de retraverser le détroit de Magellan, pour revenir sur le continent.

J’ai atteins le point le plus au sud de mon voyage, le bout de la cordillère des Andes. Bien qu’il y ait devant moi encore pleins de lieux à découvrir et de belles rencontres à faire, j’amorce la remontée, le retour en quelque sorte. Et pourtant, en laissant derrière moi la porte de la ville, le pouce levé, je sais que je reviendrai ici, skier ou naviguer.

Tips numéro 21: La Tierra del Fuego, la Terre de Feu, est l’archipel au sud du continent américain. Il y a de nombreux gisements de gaz naturel et de pétrole dans son sous-sol, aujourd’hui exploités. Les peuples natifs voyaient la terre « brûler » par endroits, et l’on donc nommée ainsi.

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