Carnet de voyages en Nouvelle-Zélande, Europe et Amérique du Sud
Voyager en bus en Amérique latine

Voyager en bus en Amérique latine

Ceux qui n’ont jamais voyagé en Asie du Sud-Est ou en Amérique latine ne connaissent pas le bonheur de ces longues heures passées sur la route, de jour comme de nuit. Laura rêve encore de ce trajet mouvementé en minibus entre les 4000 îles et Siem Reap. Quant à moi, après plus de deux mois ici, j’avoue que la SNCF me manque…

Chaque continent a sa particularité. En Amérique latine, on parle de bus « cama » ou « semi cama ». Ceci indique jusqu’à combien de degrés le siège peut être incliné. Semi-cama c’est bien suffisant pour un trajet de nuit, le siège s’allonge à 140 degrés et le confort est bien meilleur que dans un avion. Ensuite, on choisit – ou pas – sa compagnie. La meilleure de toutes, pour le confort et la ponctualité, reste Cruz del Sur, mais on ne la trouve qu’au Pérou. En général c’est mieux de se rendre en station la veille du voyage pour prendre ses billets, en évitant de vouloir rejoindre Valparaiso un lendemain de weekend férié chilien. Il n’y avait plus aucun siège de libre, on a donc dû faire un détour par Santiago pour rejoindre la ville aux 42 collines.

Une gare de bus est toujours la même, que ce soit au Cambodge ou en Bolivie. Peu importe le continent. J’ai cependant pu découvrir que rester plusieurs heures dans une station de bus bolivienne ou péruvienne est une expérience en soi. Devant chaque guichet, les vendeurs hurlent la destination de leur compagnie, d’un ton aigu et criard. En continu. Tout le temps. Toute la journée. Donc, en fonction de où on se trouve dans le pays on nous criera « la Paz, la Paz, la Paaaaaaaaz » ou « Arequipa, Arequipa, Arequipaaaaaa » dans les oreilles. Je déconseille fortement de rester plus d’une heure consécutive dans une gare de bus, pour la survie de vos tympans.

J’en suis à plus de 180 heures de bus et de collectivo/micro (mini bus local bolivien-péruvien/chilien) depuis le début du voyage, et près de 17 000km parcourus en trois mois. Il y a eu les bus boliviens qui sentaient l’essence et dans lesquels on me mettait des bébés sur les genoux. Ceux sans toilettes où j’ai été obligée de faire faire un stop urgent au chauffeur en pleines montagnes. Parfois c’était des combi Wolswagen, dans lequels le son de la porte refermée me rappelait notre camping-car familial. A chaque stop montent vendeurs de sandwichs, alfajores ou boissons sucrées multicolores. L’odeur peut aussi être très particulière, entre les locaux qui se lavent peu et le chauffeur qui mâche en continue des feuilles de coca. J’ai souvent mal à la tête, ou au ventre. Je ne sais pas trop si cela vient du mal des transports, ou de stress, vu la conduite sportive des chauffeurs péruviens. Le précipice était trop près pour moi, tout comme le lama ou le chien qui traversait sans prendre garde au coup sec du klaxon. Je ne prendrais plus jamais les places de devant au deuxième étage du bus, on croit mourir à chaque dépassement. Je déconseille aussi de faire comme Marie et regarder par curiosité le nombre d’accident de la route au Pérou, par mois. Quand tu te dis qu’on a parcouru Chivay – Arequipa en 2h30 alors que c’était annoncé en 3h-3h30, je me demande parfois comment cela se fait que je sois encore en vie. Je n’ai jamais eu aussi peur en transport, et pourtant j’en ai parcouru des routes alpines avec des fous de la vitesse.

Dans le bus, les sièges nous sont assignés à l’avance. Parfois on n’a pas de chance, et on se retrouve sous une climatisation trop forte. Comme ce trajet chilien où on a bloqué le système de clim avec mon paréo, ou un Sucre-la Paz pendant lequel le chauffage a été coupé dans la nuit, alors qu’on était en plein milieu de l’altiplano. Je n’ai jamais eu aussi froid de tout mon voyage. Et pourtant, le spectacle du ciel étoilé bolivien à 4000m d’altitude via les immenses fenêtres était incroyable.

Une fois installé, on s’endort dans le désert, on se réveille au bord de la mer. Enfin le « on » n’est pas exact. François s’endort dans le désert et se réveille au bord de la mer. Moi je somnole pendant plusieurs heures, n’arrivant toujours pas à m’endormir automatiquement. Le temps passe lentement dans les bus. En journée, je profite de ces moments pour écrire mes articles, ou écouter des podcasts, envoyant mon esprit se balader à Paris au lieu d’être en bord de Pacifique. La plupart du temps j’essaye de ne pas bloquer mon regard sur les films que l’on nous impose sur les écrans, au milieu de l’allée, toujours très niais et mal doublés, toujours très violents. Passer « Blood Diamond » alors que de jeunes enfants se trouvent dans le bus est pour moi d’une bêtise crasse – bien que ça m’ait permis de me rappeler à quel point DiCaprio était beau il y a quinze ans ! Le plus souvent, je mets les écouteurs dans mes oreilles et je laisse la playlist tourner pour m’évader, tout en gardant un œil sur le paysage qui défile. On traverse des plaines immenses, on grimpe à des cols à plus de 4410m d’altitude, on passe des frontières au milieu de lacs et de cimes enneigées, on roule en bord de falaises, le Pacifique en contre-bas. Je ne me lasse pas du spectacle, même si je sais rarement où l’on se trouve. La Panaméricaine, la Cordillère des Andes, la route 40, je crois que j’ai parcouru la plupart des routes mythiques du Sud. Et ce n’est pas fini. Un trajet de vingt-quatre heures minimum m’attend pour rejoindre la Patagonie…

Tips numéro 15: En bus les gens se font déposer n’importe où. Ils tapotent à la vitre de la cabine du chauffeur et descendent en bord de route, dans un virage ou dans un tunnel. Tu sais que tu es apte au voyage en Amérique latine quand toi aussi tu te fais déposer en plein milieu de la pampa péruvienne !

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